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Pix et prospérité
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Pix et prospérité

Pix et prospérité


Si j’avais joué à Pix en 1978, à la grande époque de l’Atari 2600, j’aurais tout déchiré.

En ce temps béni, un vilain petit crachat verdâtre et flou à l’écran évoquait dans mon jeune cerveau les monstres xénomorphes venus envahir notre chère planète bleue, et l’autre vilain petit crachat (verdâtre aussi), un peu plus bas, celui qui projetait un troisième crachat verdâtre (toujours... faut l'avoir vu pour comprendre), n’était autre que Goldorak, défenseur de la Terre et pourfendeur de cochonneries d’forces du mal (à l’époque, le jeune cerveau en question mélangeait pas mal les styles : entre abrutissement télévisuel et lobotomie vidéo-ludique, mon cœur balançait).

Il était nécessaire, alors, de pratiquer une sorte de gymnastique mentale qui transformait les rêves (le tas de pixels agencés avec plus ou moins de bonheur sur une télé ultra-low-définition) en réalité (le gros monstre effrayant dont la véritable apparence n’était évoquée que par la somptueuse et mensongère image illustrant la boîte du jeu).

Ce muscle mental, si on pratiquait suffisamment, permettait d’accomplir des prouesses d’interprétation symbolique : trois pixels de guingois, c’était de la fumée ou un serpent ; deux pixels côte à côte, une flèche ou une balle ; une ligne de trois pixels et un autre, posé par-dessus, au milieu, un chapeau (ou un boa qui avait avalé un tout petit éléphant).

À l’ère du photoréalisme, ceux qui se souviennent avec émotion de ces grands instants d’alchimie cérébropicturale inhalent de grosses bouffées de nostalgie devant le pixel-art… Maintenant, ils vont pouvoir jouer à Pix. Et moi, il va falloir que je remette en route ces neurones si peu sollicités…

Je joue, moi, fichez-moi la pix !
Pix est un jeu du type « dessine et devine ». Il s’agit de représenter quelque chose de façon à ce que les autres joueurs en devinent la nature, mais ici, pas de stylo ni de crayon : on dessine avec une poignée de « pixels » magnétiques, sur une grille carrée de neuf cases de côté.

En plus des 20 pixels noirs, on peut utiliser un pixel rouge (permettant de représenter, par exemple, le bout allumé d’une cigarette, le seul truc que je sache dessiner à tous les coups) et une flèche (pour désigner un détail dans l’image et le mettre en valeur).

Attention cependant, ces deux éléments particuliers sont handicapants dans la mesure où ils « coûtent » plus de points : c’est en effet le dessinateur qui utilise le moins de pixels qui montre son dessin en premier et qui peut donc faire identifier son œuvre avant les autres. On joue en équipe, mais ces équipes changent à chaque manche, ce qui évite les récriminations du style : « Tu t’es mis avec machin parce que, lui, il sait dessiner. »

De toute façon, si machin sait dessiner, il sera à égalité avec les autres, parce que comme vous vous en rendez vite compte, dessiner avec des petits carrés, c’est… un autre monde.


Créer une illustration parlante avec si peu de « matière » s’avère particulièrement ardu lors des premières parties… mais cet effort a l’avantage de mettre tous les joueurs sur un pied d’égalité (sauf si vous jouez avec un artiste spécialisé dans le pixel-art…).

Certains des mots apparaissant sur les 230 cartes du jeu (à raison de deux mots par carte, le second étant toujours le plus ardu) sont faciles à matérialiser : drapeau, smiley, chapeau… Certains autres s’avèrent de véritables casse-tête (pour moi en tout cas) : piercing, cocktail… cocktail ? Non, mais, sérieusement !

Parfois, un concept simple à dessiner avec un crayon (abeille, zèbre) vous forcera à vous creuser la tête lorsqu’il s’agira de le réduire à sa plus simple expression picturale.

Au fil des parties, cependant, on finit par apprendre à dessiner efficacement, l’utilisation de la flèche et du pixel rouge s’avérant souvent primordiale. Il faut vraiment développer une nouvelle façon de voir les choses pour créer et interpréter les tas de pixels !
Ceci n'est pas une pipe, c'est le calumet de la pix...


Prix Nobel de la pix
Le principe de Pix est simple mais affiné avec une précision d’orfèvre, ce qui se ressent dans le soin apporté au design du jeu. La boîte cubique est splendide de minimalisme (même la durée des parties est représentée par un dessin en pixels).

Les règles, entièrement pixellisées elles aussi, sont imprimées sur les flancs de la boîte, et présentées de façon très claire sous forme de bande dessinée. Et histoire d’optimiser jusqu’au moindre espace vide, l’intérieur de la boîte contient 81 excellents portraits de personnages célèbres, dont vous pouvez vous amuser à deviner l’identité (les solutions sont disponibles sur le site http://gameworks.ch/pix_solutions).

Sous le charme de ce concept très original à la réalisation millimétrée, je conseillerais Pix même (surtout ?) à ceux que les jeux de dessin ordinaires rebutent, ceux qui ne savent pas dessiner. Les moins doués en dessin y trouveront (enfin ?) leur compte, et certains prolongeront même le plaisir en créant de petits tableaux en solo, juste pour le plaisir (ou pour les poster sur la page pix attitude du site d’Asmodee : http://fr.asmodee.com/ressources/gaming/pix/index.php).

 Et si vous êtes vraiment accro, il ne vous faudra pas longtemps pour gribouiller de petites images pixellisées sur la moindre feuille de papier quadrillé qui vous tombera sous la main…

Allez en pix !